Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Fabrizio Montecchi, Teatro Gioco Vita

1) Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Le 13 décembre a débuté au Théâtre Municipal de Modena le spectacle De l’ombre eterne, un opéra à partir d’Orphée de Monteverdi avec 6 chanteurs–manipulateurs et 6 musiciens dont j’ai signé la mise en scène. À Dijon (pour l’ouverture du Xème Festival À pas contés), toujours sous ma direction, nous allons créer fin janvier 2010 Prélude, un spectacle sans paroles, basé sur 9 préludes de Debussy joués en direct, avec uniquement l’utilisation d’ombres corporelles. En avril, sous la direction de Anusc Castiglioni, la Compagnie va créer le spectacle Atalanta. Dans un futur proche, je vais diriger un atelier de 3 semaines à l’Université de Montréal au Québec, puis une nouvelle production lyrique et une création pour les tout petits.

2) Est-ce que ça va ?

Malgré les difficultés que nous connaissons tous, je trouve cette période très positive. D’un côté pour les opportunités professionnelles et de production très variées, que la Compagnie et moi-même menons en parallèle et qui nous permettent de toucher différents secteurs du théâtre. De l’autre côté pour le niveau et la capacité artistique que nous parvenons encore à exprimer. Ça fait déjà plus de 30 ans (notre premier spectacle est de 1978) que nous créons et travaillons avec l’ombre et le risque d’un aplatissement « maniériste » est toujours présent et il ne faut pas le sous-évaluer. Mais le « noyau dur » de l’équipe (composé par Nicoletta Gariani, Federica Ferrari et Sergio Bernasani, et moi-même, entourés de vaillants collaborateurs) est très solide. Accepter d’être considérés « tradition » ne veut pas dire être traditionnels. Ceci en effet ne nous empêche pas, ni nous exempte, de poursuivre ce que nous avons toujours fait : continuer dans notre patiente recherche. Pour continuer à évoluer et à changer : pas dans la complaisance intellectuelle de la recherche à tout prix, mais plutôt dans la conviction qu’il y a encore beaucoup à faire, comprendre, explorer et vivre.

3) Qu’est ce qui ne va pas ?

Je souffre toujours beaucoup de l’état d’isolement qu’on ressent quand on pratique le théâtre d’ombres. On pourrait l’appeler une prison dorée, parce que moins on est nombreux, moins il y a de concurrence. Mais ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup de solitude à cause du manque de confrontation avec des Compagnies qui utilisent les mêmes techniques et les mêmes langages, et qui contribuent à la construction de nouvelles dramaturgies, de nouvelles visions. Ils manquent des expériences à partir desquelles s’alimenter, se nourrir (et pourquoi pas les copier ?).
En parallèle à mon activité de metteur en scène, je développe une intense activité pédagogique pour soutenir et promouvoir cette forme théâtrale. À la fin des années’90 et au début du nouveau siècle, j’ai vu une vague de Compagnies s’intéresser au Théâtre d’ombres contemporain. J’ai pensé, et peut être espéré, que c’était le début d’une nouvelle tendance et la naissance d’une pratique théâtrale originale. Mais aujourd’hui il me semble que nous sommes déjà dans une phase d’involution, de régression. Certes, il y a la naissance de nouvelles Compagnies, mais beaucoup meurent aussitôt et ce rapide renouvellement ne favorise pas l’approfondissement d’une pensée, d’une idée forte du Théâtre d’Ombres contemporain.

Fabrizio Montecchi, Teatro Gioco Vita
Piacenza, décembre 2009

http://www.teatrogiocovita.it

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