Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Inquiétudes artisanales,Émilie Valantin

Lors du Festival de Mirepoix, Emilie Valantin nous a confié un texte au titre emblématique de « Inquiétudes artisanales », une vaste réflexion consacrée aux problèmes de la diffusion pour les Compagnies de Théâtre de Marionnettes. Avec son aimable accord, nous en publions ici un extrait. Bonne lecture, bonne réflexion.
(…)

III - Prédominance et généralisation des petites formes :

Où en est le THEÂTRE de marionnettes ? Celui qui marchait sur les plate-bandes de l’Art Dramatique au point de déchaîner la colère et les rétorsions des théâtres d’acteurs ?
Si la crise est bien la cause de la frilosité de nos contacts, partenariats, tutelles, affichée pour la saison prochaine... cette allégation ne fait qu’accentuer un phénomène récurrent pour les marionnettistes, et dont nous semblons nous accommoder bon an mal an, tant nous nous sommes habitués à faire de nécessité vertu, et tant nous avons oublié d’y prendre garde.
Constatons cependant que l’économie de nos créations régressent depuis bien avant la crise...
Le parcours des programmes de saison des théâtres, centres culturels, scènes régionales et nationales, actions culturelles de collectivités territoriales recoupe le parcours des programmes et des sites des compagnies : la marionnette n’apparaît plus guère qu’en petites formes... (au pluriel malgré tout).
Bien-sûr, les exemples de solistes ou duettistes célèbres nous inciteraient à ne pas nous étonner, à commencer par Mourguet à ses débuts. Tous les marionnettistes ont un démiurge qui sommeille en eux et qui les pousse à tout assurer seuls... C’est une étape initiatique pour certains, une vocation exclusive pour d’autres, mais l’exemple de virtuosités solistes originales s’impose actuellement comme une norme pour la marionnette, sous la pression économique des diffuseurs, mais aussi sous une pression artistique interne à la profession même.
La petite forme est auréolée d’a priori favorables : elle est le lieu de l’expression personnelle, de l’expérimentation, de l’insolite, du surprenant, de l’anti-académisme, critères prioritaires si j’en crois les textes de présentation des programmes. La modestie de la forme est contrebalancée par un “délire” d’inventivité, pour peu qu’on y associe d’autres médias ou d’autres disciplines artistiques. Cette pression là est dangereuse, car elle suscite la réitération et l’imitation de repères aléatoires...
Et peu à peu, la prolifération “d’exceptions” devient la norme, voir une règle dont il devient difficile de s’éloigner... dont je sens la profession prisonnière. De nous-même, nous proposons des spectacles qui répondent aux contraintes de la jauge, en espérant l’aura artistique d’une précarité débrouillarde. Nous rabattons nos ambitions, uniformisant nos pratiques et aussi nos esthétiques de marionnettistes, les mêmes exemples de spectacles qui “tournent”, “qui ont la cote” produisant les même modes, les mêmes esthétiques consanguines...
Tandis que d’autres ouvrent des mac-do, d’autres agrandissent leurs restaurants gastronomiques... qui deviennent des lieux de gavage ! (J’ai des exemple en tête pour chaque cas...). Nous invitons le public à un pique-nique commerce équitable, marché des producteurs...
On en discutera quand l’hiver sera venu !
Émilie Valantin, août 2010

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