Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Olivier Vallet et Anne Bitran, Compagnie Les Rémouleurs

1) Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Olivier Vallet : Actuellement, je joue dans le spectacle d’une autre compagnie. Pour moi, c’est essentiel de sortir régulièrement pour humer l’air de ce qui se fait ailleurs, entendre d’autres textes, rencontrer d’autres gens, voir d’autres façons de faire. Mes projets pour l’année prochaine sont de jouer le nouveau spectacle jeune public Hulul, et de m’accorder du temps dans mon atelier pour quelques inventions qui me trottent dans la tête. C’est ce temps de pure expérimentation gratuite, qui est le plus fécond, et qui m’a le plus manqué cette année. Et avant de m’endormir, j’avance dans le journal de Samuel Pepys, un document extraordinaire qui nous plonge dans l’intimité d’un Anglais du 17ème siècle. Comment pensent les autres, comment vivent-ils et ressentent-ils leurs émotions, c’est une question vitale pour le théâtre (et pour l’expérience humaine en général).


Anne Bitran : Actuellement, je prépare d’arrache-pied notre dossier de conventionnement, lit le livre magnifique de Philippe Declerck Les Naufragés, sur les clochards de Paris, joue bientôt Ginette Guirolle, L’Histoire du Soldat et Lubie, réfléchis au prochain spectacle pour lequel j’ai envie de commander des œuvres à des compositeurs contemporains. J’essaye également de ne pas me couper de la lutte des intermittents, je rêve d’avoir du temps pour créer de nouvelles marionnettes, je réfléchis à ce que pourraient être un nouveau spectacle dans les bars autour des partitas de Bach, une suite de Lubie, un spectacle avec Albert Marcoeur, etc…

2 ) est-ce que ça va ?

Globalement, oui, bien sûr. Comment se plaindre quand vos spectacles tournent, que des lieux prestigieux vous programment, que la presse nationale en parle en bien, et quand vous avez la chance d’avoir une bonne équipe ? Le retentissement de la tournée de Lubie a amené des contacts plus qu’intéressants, avec notamment le Z.K.M., le grand centre d’art contemporain allemand, qui nous a nous commandé la reconstitution d’une machine optique de 1650, du Père Nicéron (exposition Atmosphere of Democracy, Z.K.M., Karlsruhe).

3) Qu’est-ce qui ne va pas ?

Globalement, rien ne va, bien sûr. Comment être satisfait quand vous devez consacrer un temps énorme à la gestion au détriment de la création ? Quand les subventions ne représentent que 3% de votre chiffre d’affaire ? Quand vous refusez des gens intéressants qui demandent à travailler avec vous, faute de temps pour les former ? Quand vous travaillez avec un matériel vieux de quinze ans, faute de crédits d’équipements ? Quand vous n’avez pas de local à vous, et que pour la moindre répétition vous êtes contraints d’implorer des dizaines de structures pour trouver pour seulement quelques heures, quelques mètres carrés ? Comment enfin garder le sourire quand la DRAC vous dit (en gros) : « De quoi vous plaignez-vous ? vous tournez bien, vous n’avez pas besoin d’être aidés… »
Paris, été 2008.

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